Germany, Nuremberg. Filmfestival Tükei Deutschland. Honorary award for Ara Guler

-March,20th 2017-



Filmfestival Türkei Deutschland
Nuremberg : ceremony Saturday, March the 4th 2017.

The honorary award pour Ara Guler




Les villes sont faites des hommes et de leurs monuments. Entre grandeur et pauvreté, force et mélancolie, ces deux entités cohabitent. Notre métier est de montrer comment. Confessons-le, nous sommes des chasseurs d’âmes. Mais des chasseurs d’un genre délicat et un peu sorcier. Nous ne voulons pas capturer des images pour nous seuls mais restituer aux yeux de tous, conserver pour chacun.

Il y a 25 ans, notre première rencontre, avec Ara GULLER et son épouse Suna, fut en Indonésie pour la réalisation d’un livre collectif aux éditions du Pacifique. Ara n’a pas seulement photographié en long et en large la Turquie, il a aussi sillonné le monde entier. (En Chine, au Moyen Orient, au Kazakhstan, au Kenya, en Inde, en Iran, en Nouvelle-Guinée ou à Bornéo )

Il est le fondateur et directeur du magazine Iz, doté d’une superbe impression.
En supplément des récompenses officielles, Ara a déjà eu droit à une appellation officieuse, de celles qui se donnent avec évidence : on l’appelle l’Œil d’Istanbul. Incontestablement, Ara est le photographe qui a su capturer, des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, une part de l’âme de cette ville.

Comme le dit Orhan Pamuk , c’est dans les photographies d’Ara Güler qu’a été le mieux saisi, documenté et préservé l’aspect des rues d’Istanbul dans les années 1950 et 1960. Ara Güler se plaît à souligner la teneur documentaire et journalistique de son œuvre, incroyablement vaste et riche, plutôt que le côté artistique de ce qu’il appelle d’ailleurs ses « archives »

A chaque fois que je me rends à Istanbul, j’ai le plaisir de rendre visite à ARA GULER dans son quartier au Galatasaray. Parfois je le retrouve directement attablé au Ara Café. Tout autour de lui sont présentes aux murs ses plus belles photographies d’Istanbul et souvent, aux tables attenantes, nombre de jeunes étudiants de la prestigieuse université Galatasaray toute proche sont à l’affut du moment propice où venir lui demander un petit autographe.

Dans notre petite confrérie, Ara est, avec chaleur et générosité, l’ambassadeur d’Istanbul. En 1958, il fut le premier correspondant du Time pour le Proche-Orient (il travailla aussi pour Paris Match et Der Stern). En 1961, il rencontre Henri-Cartier Bresson et ensuite nombre d’entre nous de l’agence Magnum.

Il se débrouilla même pour convaincre un agréable hôtel du centre-ville de bien vouloir accueillir gracieusement ses confrères, c’est dire combien l’entraide est une pratique qui lui tient à cœur.

Une anecdote : lors d’un de mes voyages à Istanbul (cela fait une vingtaine d’années que j’y viens régulièrement), nous nous promenions tous les deux en ville, jusqu’à parvenir, un peu par hasard, devant les portes, malheureusement fermées, du musée d’archéologie. Au gardien posté là, il exigea avec sa malicieuse autorité : «Voulez-vous immédiatement ouvrir ce musée ! », désir qui fut aussitôt exécuté comme un ordre !
Et c’est aussi au plus près qu’il a su restituer l’esprit de l’époque, en se faisant portraitiste de quelques femmes et hommes illustres tel Churchill, Picasso, Langlois, Dali, Nazim Hikmet, Man Ray….

Bruno Barbey.